L'histoire des écuries des parpaillots

Le manoir de La Haye date du XVI° siècle. Il fut élevé sur l'emplacement d'un chateau construit par Charlemagne afin de se préserver des incursions normandes.

En 1858 arrivent à La Haye Claude GENEAU de LAMARLIERE et Rosalie LEFEBVRE
Départ de la branche III de la famille, Claude était le 3ème fils d'Augustin GENEAU de LAMARLIERE et Elisabeth MAILLARD.

Le 30 aout 1981, 170 de leurs descendants se retrouvaient en ces lieux pour une rencontre familiale. Tous en conservent un excellent souvenir.

Fin du XVIe à la fin du XVIIe siècle

Alors que le mouvement de la Réforme s’éteignait progressivement en Artois à la fin du siècle, la région de Calais d’où les Anglais avaient été chassés en 1558, se repeuplait peu à peu. Les huguenots persécutés d’Artois et de Flandre y trouvaient refuge, rejoints vers 1600 par des émigrés hollandais.

La signature de l’édit de Nantes en 1598, permit l’ouverture de 2 temples : à Marck et à Guines. Une communauté d’environ 3000 membres, aux origines sociales très diverses : agriculteurs et artisans flamands, riches marchands hollandais, s’entraidait et venait en aide aux plus démunis.

La Révocation de l’édit de Nantes, précédée depuis 1660, de mesures infamantes, avec son lot d’arrestations , de fermetures des lieux de culte et de discriminations de toutes sortes firent fuir l’essentiel des populations.

Dans la région de Boulogne, quelques familles de nobles et de notables restés fidèles au protestantisme, animèrent jusqu’à la fin du XVIIe siècle une petite communauté d’environ 350 fidèles qui se retrouvaient à La Haye, grosse ferme fortifiée située à Nesles (Pas-de-Calais) où le culte réformé était proclamé, comme l’y autorisait l’article VII de l’édit de Nantes de 1598.

Plusieurs protestants choisirent d’être inhumés dans un pré tout proche, qui garda longtemps le nom de « cimetière des parpaillots ».

Mais à partir de 1672, les autorisations de prêches et d’ensevelissements furent peu à peu retirées.

En 1685, les quelques familles restantes alentour abjurèrent et à la fin du siècle il ne restait dans la région du Nord qu’environ 300 familles protestantes.

Le manoir de la Haye à Nesles au coeur de la guerre des religions dans le Boulonnais

En cette journée du 13 octobre 1561, le manoir de la Haye, à la lisière de la forêt d'Hardelot, était en pleine effervescence.

De nombreux adeptes de la nouvelle religion étaient réunis en ce lieu pour une cérémonie culturelle sous la direction d'un pasteur protestant. C'est qu'ils se sentaient bien à l'abri dans ce manoir forteresse en briques, car le roi, inquiet des progrès de la religion réformée, avait ordonné « de s'opposer aux damnées entreprises des hérétiques envers la foi et la religion ». Cette injonction avait encore ajouté aux troubles régnant dans le pays, exacerbé les passions et attisé la haine entre les catholiques et les protestants.

Le général Chinot veut la peau des Hugenots.
Ceux qui étaient venus ce jour à Nesles, pour écouter le prêche, s'étaient rassemblés dans ce qu'ils appelaient « le temple » cette vaste salle du manoir. Une salle austère sans doute mais réchauffée par un bon feu de bois dans la cheminée où les flammes dansaient sur les moulures des sculptures du plafond favorisant une ambiance à la méditation et à la discussion.

 

Cependant, à Boulogne, on avait eu vent de cette réunion des Huguenots, surnom donné aux calvinistes, et le lieutenant général de la Sénéchaussée Antoine Chinot, décidait sur le champ de lever un contingent d'une centaine d'hommes fortement armés pour investir le manoir. Le gouverneur de la place, le sieur de Sénarpont, sympathisant de la religion réformée, essaya bien de l'en dissuader mais peine perdue. Chinot voulait la peau des Hugenots et il l'aurait coûte que coûte. À la hâte, à la tête de cette troupe il se rendit au manoir de la Haye où tout était calme. La garde était d'ailleurs restreinte aussi les soldats n'eurent-ils aucune peine à franchir le pont-levis et à investir les lieux.

Quarante personnes massacrées
« Tout est vite franchi, dit Yvette Charles, dans les Dossiers de l'histoire boulonnaise, les vitres des fenêtres à meneaux volent en éclat ; une épée transperce le corps du prédicant qui était - en bottes, couvert d'un chapeau et en habit court - Quarante personnes de l'auditoire sont blessées puis massacrées ; le reste, profitant du tumulte général se disperse, les uns empruntant l'escalier à vis de la tourelle sud-ouest, les autres profitant d'une ouverture donnant sur la forêt toute proche. Àprès s'être attaqué aux hommes, le lieutenant ordonne la destruction du bâtiment mais le manoir résiste aux assauts, seule la chaire fut renversée, les portes abattues, le pont-levis brisé et le fossé comblé ».


Quelques mois plus tard, quand il fut question d'inhumer le 25 mars 1562, un nommé Pierre Lucyen, adepte de la religion nouvelle, le clergé de la ville de Boulogne refusa de laisser faire cette inhumation dans le cimetière affecté à la sépulture des catholiques. L'Échevinage fut contraint d'intervenir et tenta de calmer les esprits en décidant de donner, hors les murs de la ville, un carré de terrain pour recevoir les dépouilles mortelles des Huguenots.

Le nouveau gouverneur de Boulogne, Morvilliers, protégeait les réformés qui, forts de cet appui, ne tardèrent pas à reprendre leurs vexations envers les catholiques d'autant que ceux-ci n'étaient pas en reste et qu'ils avaient organisé, sur la place publique, un autodafé de tous les livres hérétiques qu'ils avaient pu saisir.
La création d'une confrérie du Saint Sacrement fut le signal, le 22 mars 1567 de nouvelles exactions et le 12 octobre suivant, les Boulonnais découvrirent avec stupeur la disparition de la statue miraculeuse de la Vierge nautonière. Toutes les recherches pour la retrouver furent vaines. Cette disparition ne ramena pas le calme dans la ville où l'événement était commenté avec passion et les rixes se multiplièrent.
Le 2 novembre la tension monta encore d'un cran quand, lors de l'office des morts à Notre Dame, une pluie de pierres fut lancée contre les vitraux interrompant le service tandis que les Huguenots entraient dans l'église, brisaient les statues, les objets du culte, le mobilier et y mettaient le feu, profanaient les tombes de la crypte dont les cercueils de plomb furent fondus pour en faire des balles.

Le manoir saccagé et les fossés comblés
Survint le massacre de la saint Barthélémy le 24 août 1572. Trois jours après, en réaction à cette tragédie, le sieur Gaillac, alors gouverneur de Boulogne, à la tête de cent cinquante soldats auxquels s'étaient joints des habitants de Saint-Étienne-au-Mont et de Pont-de-Briques, investissait le manoir de la Haye surprenant « douze maîtres qui y faisaient leur cène au milieu d'une populace de deux cents hommes, femmes et enfants différemment armés  ».
On assista alors à un véritable carnage. « Tous, relate Y. Charles, furent massacrés, fusillés, assommés. Quatre ministres, quinze particuliers, dix-sept femmes furent pendus aux portes, aux fenêtres et aux arbres voisins de la prairie qu'on appela ensuite le cimetière des parpaillots ».
Et une fois encore, le manoir fut saccagé et les fossés comblés. Cette demeure resta cependant un centre important de la religion réformée jusqu'à la révocation de l'Édit de Nantes en 1698. Cette loi eut pour conséquence la confiscation du domaine de Nesles au profit de l'hôpital de Boulogne mais peu après, la famille Patras de Campaigno en fit l'acquisition. À la Révolution, le manoir fut vendu comme bien national au baron de la Fresnoye.
Au fil du temps la forteresse perdit de son importance et fut peu à peu abandonnée puis réduite à l'état de ruine. Aujourd'hui, les luttes fratricides ont laissé place à une douce quiétude.


 

Ecuries des Parpaillots, ferme de la Haye, 62152 Nesles
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